Compte rendu missions médico-chirurgicales et dentaires
au Centre Hospitalier de District de Tanout en Novembre et Décembre 2007

De l'automne 2005 à mars 2008, neufs équipes médico-chirurgicales et dentaires de notre association auront séjourné chacune 12 jours au Centre Hospitalier de District de Tanout.
Cette coopération technique est née de la demande en 2005 du Ministre de la Santé d'alors d'assurer un compagnonnage au niveau du personnel hospitalier de cette structure. Elle s'intègre d'autre part dans le PNDS 2005-2010, qui oriente les centres hospitaliers nationaux et régionaux nigériens vers un jumelage avec des centres hospitaliers français et qui préconise une coopération technique et humaine par des ONG ou associations au niveau des C.H.D. Déjà en 2005 et 2006, 4 missions chirurgicales et dentaires ont séjourné à Tanout.
Notre stratégie repose sur un appui en formation complémentaire du personnel chirurgical tout en apportant ou achetant les consommables chirurgicaux nécessaires; il ne s'agit pas de se substituer ou de remplacer.

Du 24 novembre au 21décembre 2007, deux équipes se sont succédées à Tanout:

la première composée par :
1 chirurgien généraliste
1 infirmier anesthésiste
1 infirmière de bloc
1 sage-femme
1 chirurgien dentiste

la deuxième par :
1 chirurgien généraliste
1 médecin anesthésiste
1 médecin généraliste
1 infirmière
1 sage-femme
2 chirurgiens dentistes
1 logisticien.

Si pour la première équipe, rien n’avait été prévu avant leur arrivée, pour la deuxième deux bâtiments avec 8 chambres avaient été préparés pour leur hébergement au niveau de la zone Projet de Tanout. Le préfet , le maire de la commune et le gérant des lieux se sont régulièrement préoccupés des conditions d'hébergement et de travail.

Voici la synthèse de leurs activités qui montre à l'évidence que sur le plan chirurgical, le C.H.D de Tanout est à un tournant :
soit l'unité chirurgicale prend de l'importance fonctionnelle, en association avec la maternité, soit elle ferme définitivement.

L'ensemble des constats et des propositions qui suivent a été réalisé après avoir longuement rencontré :            
M. Issaka, Secrétaire Général Adjoint du MSP,
le Dr Ali Djibo, Directeur Général de la Santé Publique,
le Dr Hamadou Boubakar, directeur de l'établissement et médecin-chef de district de Tanout,
le Dr Ali, directeur adjoint et médecin chef adjoint du district de Tanout,
le Dr Hubert Balique, médecin technique coopérant auprès du Ministre de la Santé du Niger
et le personnel du CHD de Tanout.
Seul le DRSP de Zinder n'a pu être contacté du fait de sa récente affectation.

POINTS FORTS DE LA STRUCTURE

Immobilier

et

matériels

La construction récente du bloc chirurgical ( 2003 ) est une grande réussite dans la conception des deux blocs séparés par le sas menant à la salle de stérilisation, l'adjonction d'une salle de réveil et d'un service d'hospitalisation ainsi que la présence voisine de la maternité, du service de radiologie et du laboratoire.
L'apport conséquent (cf. liste jointe) que nous faisons en matériels, consommables ( partenariat avec les Laboratoires Hartmann )  et M.E.G, dons des Laboratoires Panpharma,  permet de faire face à tout afflux de patients.

Par ailleurs la machine à laver le linge et les deux stérilisateurs ( que nous avons fournis en 2006 ) couplés à l'autoclave existant  permettent de laver et stériliser tous les champs et casaques tissus et tout le matériel.
Moyens humains

Le Dr Ali, médecin-chirurgien formé aux actes d'urgence, étant souvent en mission de supervision, n' a pu venir au bloc travailler avec nos équipes.
Après le départ du Dr Adama Guira pour Konni, faute d'anesthésiste, c'est l'infirmier technicien supérieur en chirurgie, Moumouni, qui assure seul la gestion du bloc.
Tous les chirurgiens et anesthésistes qui l'ont accompagné dans les interventions sont unanimes pour dire qu'il s'agit d'un homme extrêmement compétent, au diagnostic précis, très sûr et doué pour les gestes techniques, connaissant les limites, toujours présent et motivé, très soucieux de la bonne marche du bloc et du service.
De même, la maternité est gérée par deux sages femmes présentes 24h/24 et fort compétentes entourées d'infirmières et de matrones très motivées.

Fréquentation

Fréquentation chirurgicale

En 16 jours de travail effectif ( quatre jours sont nécessaires pour chaque équipe pour faire l'aller retour Niamey-Tanout et les festivités nationales et celles du Tabaski ont interrompu l'activité régulière) les deux missions ont accompli près de 70 interventions, 30 pansements sous anesthésie ( brûlures étendues chez des enfants, ostéites, mycétomes, cicatrices postopératoires )
Ces interventions plus lourdes que les années précédentes ont consisté en :

  • 5 césariennes toutes pour dystocie aigue ( éclampsie, placenta praevia, présentation transverse ou siège) ; aucune n'aurait pu arriver à Zinder sans risquer une mort quasi certaine de la mère et de l'enfant. Deux nouveaux nés sont décédés.
  • 20 hernies inguinales dont une étranglée avec syndrome occlusif du grêle
  • 10 hernies ombilicales ou crurales
  • 1 cystocèle
  • 5 hystérectomies pour fibrome métrorragique
  • 4 myomectomies
  • 4 hydrocèles volumineux
  • 2 adénomectomies prostatiques
  • 4 mammectomies pour K du sein
  • 1 exérèse glande sous maxillaire
  • 1 péritonite typhoïdique
  • 8 phlegmons drainés du membre supérieur
  • 2 fractures osseuses
  • 2 doigts surnuméraire
  • La plupart de ces interventions ont été réalisées par l'infirmier chirurgien avec l'appui du spécialiste de nos équipes et après rachianesthésies. Après passage de quelques heures en salle de réveil, tous les patients ont été hospitalisés en service de médecine, seul service où se trouve un infirmier de garde la nuit.

    Plus de 50 patients sont venus consulter pour un traitement chirurgical de lipomes, loupes, tumeurs bénignes ; ils ont été invités à revenir consulter en dehors de notre présence ; l'exérèse de ces tumeurs bénignes étant parfaitement assurée et réussie par l'infirmier chirurgien.
    Ce nombre élevé de pathologies chirurgicales lourdes indique que la demande existe bien localement et que la référence au C.H.N de Zinder, qui impose de trouver un véhicule et de payer le carburant ce qui nécessite de longues heures d'attente suivies d'un long trajet, n'est pas la meilleure solution. De nombreuses familles y renoncent mettant en jeu le pronostic vital du patient.

    Fréquentation dentaire

    Les trois chirurgiens dentistes ont réalisé :

    • 330 extractions de dents dont l'état ne permettait pas d'autres solutions
    • 20 soins conservateurs ( plombage )
    • 10 détartrages
    Les soins conservateurs ont été effectués en utilisant une valise dentaire solaire ( conçue et réalisée par des étudiants de l' IUT de génie mécanique de Toulouse ) que nous avons apportée. Cette valise permet d'alimenter électriquement  l'ensemble des instruments dentaires en utilisant l' énergie solaire.

    Fréquentation médicale

    Pendant trois jours, le Dr Ali, médecin-chef adjoint a assuré une consultation médicale au sein de l'établissement ; parallèlement, et à la demande du directeur d'établissement ( également médecin chef de district ) le médecin généraliste a mis en place une consultation de tri afin d'orienter immédiatement les cas chirurgicaux. En collaboration étroite avec la sage femme pour la traduction et la compréhension des cas, il a en moyenne reçu 40 patients par jour dont certains porteurs de très lourdes pathologies nécessitant une hospitalisation en médecine :

    • 1 cas de VIH,
    • 2 cas de typhoïde
    • 3 patientes porteuses d'ascite volumineuse avec oedèmes généralisés liés à une insuffisance mitrale ou à un syndrome néphrotique
    • 1 cas de dénutrition complète

    Sur l'ensemble des consultants, on peut estimer à 70% le nombre de patients qui sont venus :

    • soit  pour des pathologies relevant de la compétence des CSI ou du médecin adjoint vers lesquels ils ont été redirigés
    • soit parce qu'ils pensaient que nous délivrions des médicaments gratuits ; ils ont tous reçus une ordonnance établie en fonction des protocoles et des listes en vigueur.

    Mais au niveau médical, le constat est le même : les patients sont nombreux, porteurs de pathologies lourdes, nécessitant des traitements longs ; pour certains la référence à Zinder s'impose pour la réalisation d'examens complémentaires

    POINTS FAIBLES DE LA STRUCTURE

    Moyens humains

    Dans l'administration

    Le directeur d'établissement est également médecin-chef de district et consultant hospitalier et il en va de même du sous-directeur. les missions de supervision et de formation les tiennent souvent éloignés du centre hospitalier.

    En anesthésie

    L'absence d'un infirmier anesthésiste est l' OBSTACLE MAJEUR  au fonctionnement pérenne du bloc. A titre expérimental, une formation en rachianesthésie a été apportée à Moumouni mais il est très "complexe" pour un praticien d'assurer à la fois l'analgésie et l'intervention chirurgicale…

    En chirurgie

    Le médecin adjoint, le Dr Ali, a été formé à la chirurgie d'urgence mais il a la quadruple charge de la sous-direction de l'établissement , de la sous-direction du district, de ses consultations hospitalières et  de la chirurgie d'urgence. Ses déplacements fréquents pour la supervision l'empêchent de participer pleinement à l'activité du bloc et d'entretenir ses acquis chirurgicaux.

    Du fait du manque d'autres personnels au sein du bloc, de la salle de stérilisation, de la salle de réveil et du service d'hospitalisation en chirurgie, l'infirmier chirurgien, Moumouni, est obligé d'assurer tous les gestes de chaque étape du patient : consultation, nettoyage du bloc et du matériel, stérilisation, brancardage, suivi postopératoire. Il s'en acquitte parfaitement mais il ne peut pas jouer tous les rôles au risque d'épuisement et celui important de sepsis.

    Pendant notre présence de 20 jours, aucun des 4 manœuvres salariés n'a été présent au sein de l'hôpital; de ce fait l'incinérateur est engorgé de cendres ne permettant plus de traiter les déchets du bloc qui jonchent les allées et espaces de la structure faisant courir un risque sanitaire énorme aux patients et aux visiteurs.

    Faute de personnel disponible, des membres de nos deux équipes ont été affectés à la stérilisation et à l'évacuation des déchets, ce qu'ils n'avaient jamais fait auparavant mais ce fut la condition obligatoire pour que les équipes chirurgicales puissent travailler.
    Enfin les coupures quotidiennes d'eau ont rendu le nettoyage des mains et des matériels particulièrement problématique.

    En soins dentaires

    En accord avec la DGSP et avec  le Directeur d'Etablissement, un infirmier a été détaché du service de Médecine pour suivre une formation en soins dentaires d'urgence (extractions de dents antérieures branlantes, non incluses) et à la prévention. Mais cet infirmier est déjà en charge des soins et des gardes au service de médecine, sa présence auprès des dentistes a été fragmentée et interrompue par sa mission de soins et par ses astreintes ; sa formation n'a donc pas pu être assurée correctement et ces gestes dentaires ne peuvent lui être confiés.

    Activités

    Chirurgicales

    Les patients opérés dans la journée sont transférés en service de médecine pour y être surveillés la nuit : cela représente un risque infectieux sévère car la majorité des malades hospitalisés en médecine le sont pour des pathologies bactériennes ou virales.
    La référence au CHN de Zinder, même s'il y avait un véhicule, pose un vrai problème d'urgence; d'autre part elle ne correspond pas aux directives du PDS qui insiste sur l'appui au CHD pour désengorger les CHR et CHN.
    Il n'existe pas de gestion au jour le jour du stock de consommables chirurgicaux  et des drogues d'anesthésie ce qui est un obstacle pour établir un tableau d'activités.

    Médicales

    Au sein du service de médecine, la transmission des consignes thérapeutiques entre le personnel de garde se fait de manière orale ce qui entraîne un certain nombre de gaps dans la poursuite des traitements.
    A cet effet un cahier de suivi a été remis au major, responsable du service.

    Radiologie

    L'installation actuelle, mise en place par le programme Santé 2, n'a jamais fonctionné, malgré les interventions du technicien de maintenance. Nous serions prêts à rechercher une aide technique pour ce matériel à conditions de disposer des fiches techniques le concernant, ce que nous demandons depuis 2005 et n'avons pu obtenir. Si ce matériel est réparable, se posera la question du fonctionnement de cette "unité de radiologie" (formation du personnel : nous pourrions envisager un appui dans ce sens) et du coût des consommables (films, produits de développement…).

    PERSPECTIVES
     

    Le nombre d'interventions chirurgicales, vitales pour certaines, réalisées par les missions de chirurgie foraine ( une par an ) ou par  les équipes de notre association démontre que la population est prête à utiliser les services du centre hospitalier sous réserve que :

    • le bloc opératoire et le service de chirurgie fonctionnent constamment ,
    • les majors des C.S.I et les populations soient informés.

    L'unité chirurgicale,  telle qu'elle existe avec ses murs, ses matériels et ses consommables en grand nombre et surtout un infirmier technicien supérieur en soins chirurgicaux de très grande valeur, est un outil formidable pour cette région et peu de changements sont nécessaires pour que cet outil rende un service fondamental à toute la population de la zone :

    1°) affectation d'un infirmier technicien supérieur en anesthésie, condition obligatoire pour que l'activité chirurgicale ne s'arrête pas aux lipomes.

    Mais trois infirmiers de cette spécialité ont déjà été affectés mais n'ont jamais rejoint leur poste. Localement une solution nous a été proposée : l'infirmier major SANI OUSMANE actuellement en poste au CSI de Falanco est fortement volontaire pour venir travailler au bloc chirurgical de Tanout. Pour sa formation deux  étapes pourraient se dérouler de façon complémentaire :

    dès la prochaine rentrée, l'association Les Enfants de l'Aïr est prête, comme elle le fait pour  6 étudiants en médecine, à prendre en charge la totalité des frais des études à Niamey pour cet infirmier. Il faut bien sûr qu'il réussisse son concours d'entrée et qu'au terme de son cursus il soit nommé au CHD de Tanout. Une convention contractuelle quadripartite entre le MSP, la DRSP de Zinder, l'Association Les Enfants de l'Aïr et l'intéressé sera à établir avec des clauses d'obligation pour cet infirmier de rester à Tanout un certain nombre d'années.

    si cet infirmier peut être affecté rapidement au service de chirurgie, il pourrait être formé, à titre expérimental, à la rachianesthésie par les médecins anesthésistes de nos équipes en janvier, février et mars prochains et être ainsi opérationnel pour les prochains mois puis pendant ses vacances scolaires.

    2°) affectation d'un(e) infirmier(e) de bloc.

    Cet élément irremplaçable aurait pour fonction de :

    • servir d'assistant au bloc pour le matériel
    • assurer le nettoyage et la stérilisation du matériel
    • prendre les gardes au service de chirurgie qui ainsi pourrait accueillir et surveiller  les patients opérés
    • de suivre une formation complémentaire en soins dentaires d'urgence

    La formation à ces activités pourrait être donnée sur place par les spécialistes de nos équipes.

    3°) affecter un des 4 manœuvres au nettoyage quotidien des locaux du service et au traitement des déchets

    4°) faire de l'infirmier technicien supérieur en chirurgie le responsable du bloc

    L'infirmier actuel est tout à fait capable de gérer le service et le bloc, d'établir le tableau opératoire, de référer à Zinder lors de l'absence du médecin chirurgien les cas au dessus de ses capacités et droits.

    Au terme des deux premiers séjours et avant l'arrivée de trois équipes en janvier, février et mars 2008, les membres médicaux et para médicaux de l'association Les Enfants de l'Aïr sont totalement prêts à continuer leur appui technique au personnel du Centre Hospitalier de District de Tanout.  En particulier au niveau de l'unité chirurgie et obstétrique à la condition que ce personnel existe en nombre nécessaire pour faire tourner quantitativement et qualitativement cette unité chaque jour de l'année. Unité totalement utile pour une nombreuse population qui aura ainsi des soins curatifs et préventifs par le biais du Planning Familial et Counseling.

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